Un voile de marbre qui adhère à un corps mort, avec des plis qui suivent les veines des mains et le gonflement du front : le Christ voilé de Giuseppe Sanmartino est la raison pour laquelle, chaque jour, une file tourne à l'angle de la via Francesco de Sanctis, et il ne déçoit personne. La chapelle des princes de Sansevero naquit en 1590 comme oratoire de la famille di Sangro à côté du palais, devint le tombeau de la lignée en 1613, et prit la forme que vous voyez au dix-huitième siècle par la volonté de Raimondo di Sangro, septième prince, savant, inventeur, franc-maçon et metteur en scène de tout : il choisit les artistes, dicta le programme, prépara parfois lui-même les couleurs.
À voir
La nef unique est un théâtre de marbre avec une trentaine de sculptures alignées le long des murs, chacune une vertu ou un ancêtre. Trois stations sont obligées : la Pudeur d'Antonio Corradini, de 1752, une femme voilée dédiée à la mère du prince morte jeune ; la Désillusion de Francesco Queirolo, avec l'homme qui se libère d'un filet sculpté maille par maille dans un seul bloc, en mémoire du père ; et au centre, sous la voûte avec la Gloire du Paradis de Francesco Maria Russo, le Christ de 1753. Sanmartino avait un peu plus de trente ans, et la légende selon laquelle le voile serait du marbre transformé par un procédé alchimique du prince vient de son incroyable finesse.
Au sous-sol se trouvent les machines anatomiques, deux squelettes, un homme et une femme, enveloppés dans leur système circulatoire complet, rouge et bleu : pendant deux siècles on a cru que le prince avait métallisé le sang de deux vivants, mais les analyses ont trouvé de la cire d'abeille, du fil de fer et de la soie. Le sol en labyrinthe, symbole maçonnique, fut perdu quand, en 1889, s'effondra le pont qui reliait la chapelle au palais ; reste la symbolique de chaque statue, qui se lit avec un guide ou avec calme.
La visite
La chapelle est un musée privé, à deux pas de la piazza San Domenico Maggiore, avec entrée à horaire fixe et billet à réserver à l'avance, surtout le week-end ; les photos sont interdites. Elle ferme un jour par semaine. La visite est brève, une demi-heure, mais la salle est petite et l'on est mieux aux premiers créneaux du matin.
Le conseil de la rédaction
Tournez lentement autour du Christ, trois fois, et regardez les pieds et le coussin : c'est là que le voile cesse de ressembler à une étoffe et redevient pierre, et l'on comprend le truc qui n'existe pas. Puis levez les yeux vers la Désillusion et lisez l'inscription sur le livre ouvert : la chapelle est un parcours d'initiation, et Raimondo voulait qu'on le fasse dans l'ordre.
