Cinq tours rondes de piperno gris et un arc de marbre blanc coincé entre deux d'entre elles : le Maschio Angioino se dresse devant le port de Naples comme une signature. Il fut voulu par Charles Ier d'Anjou qui, en 1266, après avoir vaincu les Souabes, avait transféré la capitale de Palerme à Naples et jugeait Castel Capuano indigne d'une cour. Le chantier du Castrum Novum s'ouvrit en 1279 sous l'architecte français Pierre de Chaule et dura à peine trois ans. Charles n'y habita jamais : la révolte des Vêpres lui enleva la Sicile et le château resta vide jusqu'à sa mort.
À voir
La forme que vous voyez est aragonaise. Alphonse d'Aragon, maître de Naples à partir de 1443, fit reconstruire la forteresse par le Catalan Guillem Sagrera, qui la redessina en style gothique catalan avec cinq tours cylindriques capables de résister à l'artillerie. À l'entrée, il plaça l'arc de triomphe, chef-d'œuvre de la Renaissance napolitaine auquel travailla entre autres Francesco Laurana : les travaux allèrent de 1453 à 1479, au-delà de la mort du roi. À l'intérieur, la salle des Barons avec la voûte à nervures entrelacées de Sagrera et la chapelle Palatine, seule pièce angevine restée intacte, que Giotto peignit à fresque en 1332 et dont il reste quelques fragments.
Ces murs ont vu passer l'histoire : le 13 décembre 1294, dans la grande salle, Célestin V renonça à la papauté, le grand refus de Dante, et onze jours plus tard les cardinaux élurent ici Boniface VIII. Robert le Sage y reçut Pétrarque et Boccace ; en 1487, Ferrante d'Aragon enferma les barons conjurés dans la salle qui porte leur nom, invités sous prétexte d'une fête de noces, et les fit arrêter. Sous le sol, les fouilles ont mis au jour le noyau angevin d'origine.
La visite
Le château abrite le Musée civique, avec la chapelle Palatine, la salle des Barons et les collections de peinture aux étages supérieurs, ainsi que la Société napolitaine d'histoire de la patrie. Il se trouve sur la piazza Municipio, à quelques pas du Molo Beverello, d'où partent les hydroglisseurs pour Capri et Ischia, et de la station de métro Municipio.
Le conseil de la rédaction
Entrez par l'arc puis arrêtez-vous dans la cour : de là, la tour du Beverello et la tour du Milieu se lisent d'en bas, et l'on comprend pourquoi les Napolitains appellent le château « il Maschio », le nom du donjon principal d'une forteresse. La légende du crocodile de Jeanne II, qui dévorait les amants jetés par une trappe, se raconte encore dans les souterrains.
