La mairie de Naples a ses bureaux dans un palais du dix-neuvième siècle bâti autour d'une église espagnole du seizième, et personne ne s'en aperçoit en traversant la piazza Municipio. San Giacomo degli Spagnoli fut fondée en 1540 par don Pedro de Toledo, le vice-roi qui a dessiné la Naples moderne : la rue qui porte son nom, les quartiers militaires au-dessus, les murailles neuves. Quand on construisit au dix-neuvième siècle le grand palais des ministères, l'église ne fut pas abattue mais englobée, et l'on entre aujourd'hui la voir depuis la cour de la mairie.
À voir
Derrière le maître-autel se dresse le monument funèbre que le vice-roi se fit construire de son vivant, œuvre de Giovanni da Nola : une architecture de marbre blanc à deux niveaux, avec lui et son épouse agenouillés en prière, les vertus dans les niches et des reliefs de ses faits d'armes. C'est le chef-d'œuvre de la sculpture du seizième siècle à Naples, et c'est aussi un document politique : un gouverneur étranger qui se bâtit un tombeau au milieu de la ville qu'il refait.
Le reste de l'intérieur est à trois nefs, avec les chapelles des familles espagnoles installées en ville et leurs armoiries ; l'église est aujourd'hui encore l'église nationale d'Espagne à Naples et elle est administrée par une confrérie espagnole. Sur la façade vers la place on voit combien il reste peu de l'aspect d'origine : ce front est du dix-neuvième siècle, et appartient au palais, non à l'église.
La visite
On entre par la piazza Municipio, à travers le palais San Giacomo, à deux pas du Maschio Angioino et du port ; entrée libre, mais les horaires sont réduits et généralement matinaux, liés aux offices et au personnel disponible. Vingt minutes. Les messes en espagnol s'y célèbrent encore.
Le conseil de la rédaction
Demandez à passer derrière l'autel, car le monument se contourne : par-derrière on voit les blocs bruts et les traces de ciseau, c'est-à-dire le travail que la face cache. Et avant de sortir, arrêtez-vous sur le seuil et regardez dehors : l'église du vice-roi espagnol est aujourd'hui l'entrée de service de la mairie. Peu de villes au monde digèrent ainsi leur propre histoire.
