À Muggia on parlait une langue que plus personne ne parle. Elle s'appelait le muglisano, c'était un parler ladin proche du frioulan, et à la fin du dix-neuvième siècle elle s'éteignit. Les derniers témoignages furent recueillis en 1889 par l'abbé Jacopo Cavalli, qui alla chercher ceux qui la savaient encore; sa source la plus fiable fut Niccolò Bortoloni, le dernier des muglisani, mort au début de 1898. Longtemps, avant de disparaître, cette langue avait cohabité avec l'autre, le muggesano de type istro-vénitien, qu'on parle encore: deux parlers dans la même bouche, jusqu'à ce que l'un des deux cesse. Muggia est la commune la plus méridionale du Frioul-Vénétie Julienne et elle est, avec San Dorligo della Valle, le seul lambeau d'Istrie resté à l'Italie; des pointes occidentales du promontoire on voit le soleil se coucher dans l'Adriatique, ce qui en Italie n'arrive qu'en très peu d'endroits.
L'habitat aussi a changé de place. Le premier noyau fut un castelliere protohistorique sur la colline qu'on appelle aujourd'hui Muggia Vecchia, devenue ensuite camp romain; le nom apparaît pour la première fois dans un document de 931, quand les rois d'Italie Hugues et Lothaire donnèrent le Castellum Mugla au patriarche d'Aquilée. À la fin du quinzième siècle, pourtant, les gens descendirent à la mer, et le centre se déplaça là où il est maintenant. Sous les Habsbourg arrivèrent les chantiers navals, et de bourg de pêcheurs et de petit cabotage Muggia devint une petite ville ouvrière; de cette tradition vint aussi la Résistance istrienne, avec les noms d'Alma Vivoda, Natale Colarich et Luigi Frausin, et la médaille d'argent de la valeur militaire. En octobre 1954, avec le règlement des frontières, la commune perdit un tiers de son territoire et ses hameaux orientaux, et plus de deux mille sept cents personnes quittèrent leurs maisons pour s'installer en Italie.