Le sol de la salle à droite de l'entrée est ce qu'il y a de plus ancien à Porto Venere : un opus sectile qui dessine des cercles, des bandes et des étoiles avec de fines plaques de marbres divers, certains venus de très loin. Nous sommes dans la petite basilique paléochrétienne du Ve siècle, bâtie sur les restes d'un temple romain probablement dédié à Vénus Érycine, sur l'éperon qui tombe à pic dans la mer ouverte. Le 19 juillet 1118 le pape Gélase II la dédia à saint Pierre et y laissa une relique de l'apôtre ; Eugenio Montale l'appellerait plus tard le temple chrétien.
À voir
On entre dans deux églises cousues ensemble. La première, paléochrétienne, suit un schéma syriaque : plan rectangulaire, abside semi-circulaire, parement extérieur en pierre sombre sans ornement. Des fouilles dans le sol de l'abside ont repéré le socle probable d'une statue, peut-être un reste du temple païen ; on y voit aujourd'hui une copie du saint Pierre de bronze de la basilique vaticane. La seconde est l'église gothique que les Génois bâtirent au XIIIe siècle, sans doute entre 1256 et 1270, sur l'emplacement du cloître de l'abbaye bénédictine voisine : deux ouvertures en arc font communiquer les deux espaces.
Dans la partie génoise, ce sont les bandes horizontales noires et blanches qui frappent, dedans comme en façade, et les trois nefs aux voûtes d'ogives sur piliers composés ; le clocher s'appuie sur la nef de gauche et s'allège vers le haut par des rangs superposés de baies géminées. De l'abbaye il reste peu, mais il reste la loggia romane tournée vers la mer et les Cinque Terre, quatre ouvertures sur colonnes avec des éléments d'époque romaine, très probablement des remplois du temple de Vénus. La porte actuelle, la Porta del cielo en argent et marbre, date de 1992 et est l'œuvre de Lello Scorzelli.
La visite
L'église se trouve au bout de la calata Doria, à l'extrémité du village : quelques minutes à pied depuis le centre, le dernier tronçon en montée et sur des marches. L'entrée est libre. Il faut savoir que ce que l'on voit résulte de deux siècles de ruine et d'une restauration : 1494 apporta un incendie puis les canons de la flotte de Charles VIII et de l'artillerie aragonaise ; le clergé séculier y officia jusqu'en 1798, et pendant les guerres napoléoniennes les troupes y bivouaquèrent, volèrent les tableaux, fondirent les cloches et brûlèrent les poutres du toit. Les fouilles et la restauration menées entre 1929 et 1934 ont remis en état les espaces paléochrétien et médiéval ; la reconsécration date d'octobre 1934.
Le conseil de la rédaction
Entrez, puis ressortez aussitôt sur la loggia : c'est là que l'on comprend pourquoi l'église a été posée sur ce point précis. Nous l'aimons par mer agitée, quand la houle cogne sous l'éperon et que le bruit entre par les arcades. Et regardez le sol en marqueterie avant de regarder dehors : après, avec les Cinque Terre en face, plus personne n'y pense.
