Pendant quatre siècles on l'a pris pour un temple romain : Palladio le dessina en le croyant antique, Piranèse le grava, Byron le mit dans Childe Harold, et tous les voyageurs du Grand Tour s'arrêtaient sur la Flaminia pour voir le petit temple sur l'eau du Clitunno, la rivière des sources que Pline le Jeune décrivait avec ses temples et ses villas tout autour. C'est en réalité une église, San Salvatore, construite entre le septième et le huitième siècle par les Lombards du duché de Spolète avec des morceaux d'édifices romains démontés dans les environs et avec des colonnes, des chapiteaux et des inscriptions sculptés exprès pour paraître antiques : un faux d'il y a treize cents ans, si bien fait que depuis 2011 il est patrimoine mondial avec les autres lieux du pouvoir lombard en Italie.
À voir
La façade, avant tout, avec les quatre colonnes corinthiennes entre deux piliers, deux lisses et deux à cannelures en spirale, le fronton avec la croix parmi les rinceaux d'acanthe, et sur l'architrave l'inscription en capitales romaines parfaites : Saint Dieu des anges qui fit la résurrection. Les deux autres, sur les flancs, se sont perdues quand au dix-huitième siècle les petits portiques latéraux furent démontés et les colonnes vendues ; restent les escaliers d'accès. Dessous, la chambre du soubassement, qui coïncide avec les restes d'un édifice païen plus ancien.
Dedans, la cella à voûte en berceau, longue de onze mètres en tout, et au fond l'édicule à colonnettes qui encadre l'abside : sur la paroi les fresques du septième siècle, le Sauveur entre saint Pierre et saint Paul, deux anges dans des médaillons et la croix gemmée, peints comme les icônes de Santa Maria Antiqua à Rome et du Sinaï, parmi les plus anciennes d'Ombrie. Dans le mur de l'abside, le coffre de plaques de marbre, peut-être un tabernacle ou une relique de la croix. Dehors, la rivière qui passe dessous, le vieux moulin et, un kilomètre en amont, les Sources du Clitunno avec les cygnes et l'eau transparente que Carducci a chantée.
La visite
Le petit temple est à Pissignano, le long de la Flaminia entre Spolète et Foligno, avec un petit parking ; c'est un musée d'État avec un billet modeste et des horaires courts, souvent avec une fermeture en semaine, à vérifier avant : il se visite en vingt minutes. Les Sources du Clitunno, à part, ont leur entrée et leur billet. Spolète est à dix kilomètres, et la basilique de San Salvatore, l'autre monument lombard du site UNESCO, est l'étape naturelle qui suit.
Le conseil de la rédaction
Lisez l'inscription sur l'architrave avant d'entrer et pensez que celui qui l'a sculptée, dans un siècle que nous appelons obscur, savait faire des lettres romaines mieux que les Romains de son temps. Puis allez aux Sources et asseyez-vous là où l'eau sort du gravier : Pline y vit des oracles, Carducci des nymphes, et le petit temple, vu de là, redevient ce que tout le monde a voulu qu'il soit.
