La chapelle, dans l'église de Santa Maria del Carmine, est l'un des plus hauts exemples de la peinture de la Renaissance. Elle fut peinte dans les années vingt du quinzième siècle par Masaccio et Masolino da Panicale, travaillant ensemble ; puis le cycle s'arrêta à mi-chemin et ne fut achevé qu'un demi-siècle plus tard par Filippino Lippi. Cette pause n'a pas de raisons artistiques : c'est une affaire de politique florentine.
À voir
Regardez ce qui manque. En 1436 Felice Brancacci fut exilé pour s'être rangé contre Cosme de Médicis, et dans ce contexte on martela sans doute les portraits des Brancacci et d'autres citoyens qui figuraient dans les scènes : dans la Résurrection du fils de Théophile, la peinture de Masaccio s'interrompt net, au-dessus du milieu des vêtements. En 1458, quand l'exil devint définitif, la chapelle fut vidée de toute référence à la famille : il était devenu inconvenant, pour les Médicis et pour les carmes eux-mêmes, qu'un cycle aussi célèbre liât une maison rebelle à la papauté, puisque Pierre avait été le premier pape. La chapelle fut redédiée à la Madonna del Popolo, et le panneau du treizième siècle qu'on y plaça se trouve toujours sur l'autel.
La visite
L'ouvrage ne put être achevé qu'en 1480, quand les Brancacci furent réadmis à Florence. On appela Filippino Lippi, l'homme qu'il fallait à double titre : artiste de premier plan et fils de Fra Filippo, l'un des tout premiers élèves de Masaccio. Il chercha à ne pas rompre l'ensemble, accordant sa palette aux couleurs anciennes et gardant la tenue solennelle des figures, mais sa main se reconnaît tout de même : un clair-obscur plus mûr et la ligne de contour, c'est-à-dire une façon de peindre d'une autre génération que les rapides poses de couleur de Masaccio.
Le conseil de la rédaction
Levez les yeux et comptez les pertes. Au milieu du dix-septième siècle, sous Cosme III, on couvrit les nudités de feuillages. Au dix-huitième, les voiles de la voûte, que Masolino avait peintes des quatre évangélistes, furent détruites pour ménager une coupolette ; les deux lunettes supérieures, où le récit commençait, furent remplacées par de fausses perspectives ; et la baie gothique géminée fut démontée pour ouvrir une fenêtre baroque plus large, emportant une bonne part des fresques en haut du mur du fond. Puis, en 1771, un incendie détruisit la basilique : les fresques tinrent, et la Vierge du treizième siècle fut sauvée par pur hasard, car un an plus tôt environ on l'avait déplacée dans le couvent. En mémoire de ce péril évité, on ajouta sur les écus des pendentifs les mots SIGNUM SALUTIS IN PERICULIS.
