Florence a deux centres et ne les a jamais confondus : le Dôme pour Dieu, et cette place pour la Commune, née en 1268 quand les guelfes vainqueurs rasèrent les maisons des gibelins Uberti et laissèrent le vide exprès, pour que personne n'y reconstruise. Autour de ce vide la République plaça son palais avec la tour d'Arnolfo haute de quatre-vingt-quinze mètres, la loge pour les cérémonies, le tribunal des marchands ; puis les Médicis, devenus ducs, la remplirent de statues qui racontent leur pouvoir à qui savait lire. Ici on brûla Savonarole en 1498, à l'endroit même où il avait brûlé les vanités un an plus tôt : une plaque ronde devant la fontaine marque la place. C'est encore le salon des Florentins, piétonnier, et c'est le musée à ciel ouvert le plus dense d'Italie.
À voir
La Loggia dei Lanzi, avant tout, la galerie de sculptures sous trois arcades : le Persée de bronze de Cellini, de 1554, qui brandit la tête de Méduse et porte à la nuque, si vous faites le tour, l'autoportrait caché de l'artiste, et l'Enlèvement des Sabines de Giambologna, de 1583, trois figures qui montent en spirale d'un seul bloc de marbre, à contourner parce qu'il n'a pas de face. Devant le palais, la copie du David, là où l'original se dressait jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle, l'Hercule et Cacus de Bandinelli dont les Florentins se moquent depuis cinq siècles, le Marzocco, le lion de la République, et la Judith de Donatello, en copie.
La fontaine de Neptune d'Ammannati, de 1575, le Biancone, que Michel-Ange aurait commenté par une pique sur le beau marbre gâché, et à côté le Cosme Ier à cheval de Giambologna, le duc qui s'est mis lui-même sur la place. Puis les palais : la Mercanzia avec les armoiries des arts, le palais Uguccioni qu'on dit dessiné par Raphaël ou Michel-Ange et qui n'est d'aucun des deux, le palais des Assicurazioni avec le café Rivoire dessous, et au fond la lunette des Offices ouverte vers l'Arno. Sous le pavement, les fouilles des années quatre-vingt ont trouvé les thermes romains, une teinturerie et une basilique paléochrétienne : la place était déjà une place il y a deux mille ans.
La visite
La place est toujours ouverte, à trois minutes du Dôme et du Ponte Vecchio, piétonnière ; la Loggia dei Lanzi est libre et accessible, par ses marches, à toute heure. Le Palazzo Vecchio et la tour se visitent avec billet, les Offices sur réservation. Le café Rivoire a les prix de la place, mais le chocolat chaud aux tables devant le palais est un rite florentin à faire une fois.
Le conseil de la rédaction
Venez deux fois : tôt le matin, avant huit heures, quand les statues sont seules et que la lumière entre basse depuis les Offices, et le soir, quand la loge est éclairée et que les Florentins s'assoient sur ses marches pour parler. Entre les deux, allez chercher l'autoportrait de Cellini derrière la tête du Persée : peu le savent, et il est là depuis presque cinq siècles à regarder ceux qui regardent.
