Le terrain a dicté le projet. Sur le versant que le raccordement autoroutier Sicignano-Potenza devait traverser, la nature du sol interdisait de poser des piles : Riccardo Morandi l'a donc franchi d'une seule ouverture de 181 mètres entre les pylônes. Le viaduc Carpineto, ou Carpineto I, n'est d'ailleurs pas un pont unique, mais deux ponts à haubans jumeaux côte à côte, un par chaussée de la RA 5, à deux voies chacune.
À voir
Les pylônes de 29 mètres sont ce que l'on remarque de loin, et ils penchent. La charge ne s'exerce que d'un côté, la traction ne s'équilibre donc pas au-dessus du pylône comme dans les ponts à haubans symétriques : les pylônes s'inclinent vers l'extérieur et sont ancrés en arrière. Les blocs d'ancrage mesurent environ 16 mètres et restent dans le sol, retenus par des barres de béton horizontales de 12 mètres posées sur les fondations du pylône. L'ouvrage dit lui-même comment il travaille : il se lit entièrement, sans notice.
Les deux ponts sont identiques entre eux et déséquilibrés de la même façon, si bien que les pylônes vont par paires, une par chaussée : c'est cette silhouette qui rend le Carpineto reconnaissable avant même d'y arriver. À l'époque de sa construction, la revue technique L'Industria Italiana del Cemento lui a consacré deux articles, en 1977 et en 1978, sous le nom de viadotto Carpineto 1°.
La visite
C'est un ouvrage en service, pas un lieu ouvert aux visiteurs : on passe dessus par la RA 5, sur le territoire de Vietri di Potenza, et la traversée dure quelques secondes. Au volant, on ne le remarque qu'aux haubans qui défilent le long de la vitre ; la forme du pont, elle, ne se voit que de l'extérieur, depuis le versant qu'il enjambe.
Le conseil de la rédaction
Associez-le au viaduc Platano, sur la même route et dans la même commune : ce sont deux réponses opposées au même problème. Morandi suspend la travée à des haubans et renvoie la traction dans le sol ; Zorzi et Procaccia, au Platano, calent au contraire deux béquilles contre les flancs de la gorge. Voyez-les au cours du même voyage, dans cet ordre, et vous comprendrez pourquoi la RA 5 est une petite anthologie de l'ingénierie italienne de ces années-là.
