Voghera est le nom d'un village qui a avalé celui d'une ville. Ici se trouvait Iria, du nom des Ligures Iriates ; quand à la fin du sixième siècle elle redevint un simple village, on l'appela Vicus Iriae, et de là Vicus Eira, Viqueria, Voghera. Certains historiens ne l'entendent pas ainsi et placent la vraie Iria à Castelnuovo Scrivia, qui comptait davantage à l'époque romaine. Le torrent qui la traverse, la Staffora, tire son nom d'une borne lombarde — ou, dit l'autre version, du fait qu'elle «stat foras», reste hors de ses berges — et, avec le canal Lagozzo, faisait tourner les neuf moulins du bourg.
Pendant des siècles cette eau ne fut pas à l'évêque mais à une femme : depuis le dixième siècle le monastère bénédictin féminin de Santa Maria del Senatore de Pavie possédait ici tant de biens que la Staffora, ses ponts et les routes relevaient de l'abbesse, qui au onzième siècle se fit même bâtir un château. Celui qu'on voit aujourd'hui est pourtant visconti, carré à quatre tours, et il garde à l'intérieur des fresques de Bartolomeo Suardi, dit le Bramantino. Voghera est un noeud ferroviaire depuis l'arrivée de la gare, en 1858, et à la gare tient aussi sa blessure : en 1962 un accident y tua soixante-trois personnes. Quant à la «ménagère de Voghera», c'est Alberto Arbasino qui l'a inventée, et les Vogherais portent la formule avec ironie. Autour commence l'Oltrepò du pinot noir et de la bonarda, avec le salami de Varzi ; Milan et Gênes sont à une heure, en sens opposés.