Ruvo a été rasée trois fois : par les Goths au cinquième siècle, par des luttes intestines pour le pouvoir quand la ville entra dans le comté de Conversano, et enfin le vingt-deux février 1503, quand les Espagnols de Gonzalve de Cordoue battirent les Français qui y étaient cantonnés. C'est de ces mêmes murailles qu'étaient partis, peu avant, les treize chevaliers italiens pour le célèbre défi de Barletta. Même ses armoiries portent la marque d'un malentendu : on croyait que le nom de Ruvo venait de terre de ronces, et la ville adopta pour emblème un vase plein de ronces, simplifié plus tard en l'amphore de terre cuite actuelle ; ce fut l'avocat et archéologue Giovanni Jatta qui proposa, sans succès, de la remplacer par le nom grec antique de la ville, Rhyps, lu sur des monnaies retrouvées, comme l'avait fait Tarente.
Ce même Jatta gagna, au dix-neuvième siècle, un procès contre les Carafa, comtes de Ruvo pendant trois siècles, et utilisa le dédommagement pour financer les fouilles qui mirent au jour les milliers d'objets aujourd'hui conservés dans le musée qui porte son nom : parmi eux le vase de Talos, symbole incontesté de la ville. Le monument aux morts de la Première Guerre mondiale, érigé en 1921, connut un sort curieux : sous le fascisme la statue de la Victoire fut vendue et fondue pour en faire des armes, et ce n'est qu'en 2009, grâce à une souscription populaire, qu'elle fut refondue et remise à sa place. Aujourd'hui Ruvo, siège opérationnel du parc de l'Alta Murgia, est aussi connue pour ses saisissants rites de la Semaine sainte, patrimoine immatériel d'Italie.