Plusieurs historiens du Salento — De Giorgi, Marciano, Arditi, Coco, Galateo — font remonter le nom à un centurion romain nommé Carminius, à qui le sénat de Rome donna cent jugères de terrain dans ce qui s'appelait alors la Calabre et qui est aujourd'hui le Salento; à sa mort ces terres, habitées par ses successeurs et par un nombreux groupe de fidèles, prirent le nom de Presidium Carmianensis, ou Carminianum, et par la vulgarisation successive Carmiano. D'autres préfèrent une lecture plus simple et font venir le nom de la couleur rouge carmin du terrain. Ce que le bourg a assurément, et de très loin, c'est son blason — et aussi la raison pour laquelle il en a un: sous les Normands chaque village fut obligé de se doter d'un blason qui lui fût propre, et celui de Carmiano remonte au onzième siècle. C'est un pin, avec une étoile au milieu de la couronne, et deux bandes parallèles entre la couronne et le sol. Chaque pièce veut dire quelque chose: le pin est l'arbre répandu dans ces parages, les bandes sont la ligne de l'horizon sur laquelle l'arbre se détachait, c'est-à-dire la plaine du fief, et l'étoile est là pour l'origine noble du lieu. Un blason qui est un paysage avec une revendication dedans.
En 1055 Carmiano fut incluse dans le comté de Lecce, à l'intérieur de la principauté de Tarente. Quand Marie d'Enghien rédigea les statuts de Lecce, en 1445, Carmiano y figurait comme casale, et elle était régie par un baron depuis une soixantaine d'années déjà. Trois ans plus tard, en 1448, le bourg fut acheté par les pères célestins, qui le gouvernèrent avec une grande application — le palais des Célestins, du seizième siècle, est ce qui en reste — et qui le tinrent jusqu'à ce qu'ils en fussent dépossédés, en 1806; ils allèrent alors habiter la maison à côté de l'église de l'Immacolata, où les derniers d'entre eux sont enterrés. Cette église existe à cause d'une paire de bœufs. Un paysan, raconte-t-on, trouva dans un vieux puits une image de la Vierge et la chargea sur sa charrette pour la porter au bourg; à un certain endroit les bœufs s'agenouillèrent et ne se relevèrent pas tant qu'il n'eut pas ôté l'image de la charrette. L'évêque de Lecce, monseigneur Luigi Pappacoda, y vit un signe et ordonna qu'en ce point fût élevée une église; l'autel central est de Giuseppe Zimbalo, et c'est un chef-d'œuvre du baroque de Lecce. Le trois septembre 1943 des avions alliés lâchèrent sur Carmiano plusieurs bombes, qui explosèrent toutes juste hors du bourg, et le mérite, les gens l'attribuèrent à l'Immacolata. Cinq jours plus tard fut annoncé l'armistice: c'était le huit septembre, qui à Magliano est la nuit de la retraite aux flambeaux pour la nativité de la Vierge.