En Lunigiana la pierre parle d'avant tout le reste: sur le territoire communal de Fivizzano on compte quatorze statues-stèles, dont une à sept cents mètres du centre, et à côté il y a un menhir et un rocher à cupules qui était un lieu cérémoniel. Puis vinrent les Ligures apuans, et puis Rome, et avec Rome ce que ce lieu est encore: une halte avant un col. L'archéologue Ubaldo Formentini avertissait que le forum de Forum Verrucolae, d'où vient le nom, ne doit pas s'entendre comme une foire: les fora étaient des institutions quasi municipales que les Romains fondaient le long des grandes routes, avec des charges administratives sur l'entretien des voies et sur les transports publics, et ils y mettaient systématiquement une garnison — voilà pourquoi ici un forum et un château sont longtemps restés un seul organisme, et pourquoi, quand au douzième siècle la vie marchande revint, le forum reprit sa place. Au Moyen Âge le village portait encore le nom du château voisin, la Verrucola, dont il dépendait aussi pour la juridiction spirituelle: les gens de Fivizzano se servaient de l'église de la Verrucola pour les rites civils et de celle de Pognana pour les funérailles, et cela jusqu'à ce que leur église fût érigée en paroisse, en 1377.
Le vingtième siècle est arrivé deux fois. Le tremblement de terre de 1920 dévasta le bourg et le monastère augustinien. Puis, en août 1944, les troupes d'occupation nazifascistes commirent sur le territoire communal une série de massacres — Mommio, San Terenzo Monti, Vinca — où plus de quatre cents civils furent tués: la commune porte pour cela la médaille d'argent de la valeur militaire et la médaille d'or du mérite civil. De ce qui est resté debout, trois choses valent la peine: les murs refaits par Cosme Ier après que Charles VIII les eut abattus, la fontaine baroque offerte par Cosme III en 1683, et le musée de l'imprimerie au palais Fantoni Bononi, dédié à Jacopo da Fivizzano, qui imprimait avec des caractères mobiles vers 1470, dans les premières décennies de cet art. Giovanni Targioni Tozzetti en 1777 expliquait le lieu par l'air: le climat salubre «influe sur la bonne constitution des nerfs et sur la vivacité des fonctions mentales», et c'est pourquoi, écrivait-il, Fivizzano a toujours produit des gens d'esprit élevé.