À Venise c'était «le Palais», sans autre précision : le seul édifice qui pût s'appeler ainsi, tandis que toute autre maison patricienne, si somptueuse fût-elle, restait une ca'. Fondé en 811, quand le doge Angelo Partecipazio transféra le siège du gouvernement à Rivoaltus, brûlé et rebâti plusieurs fois, il a accompagné la Sérénissime du début à la fin.
À voir
La façade est un paradoxe qui tient debout : la masse pesante du corps supérieur repose sur des colonnades incrustées qui paraissent bien trop minces pour la porter. Le plein en haut, le vide en bas. La Porta della Carta, œuvre des Bon, était l'entrée d'apparat : le Foscari agenouillé devant le lion que l'on voit aujourd'hui est un remplacement du XIXe siècle dû à Luigi Ferrari, l'original ayant été détruit en 1797.
À l'intérieur, la pinacothèque garde encore Titien, Véronèse, les Tintoret, Palma le Jeune, Bassano. Le doge n'y était pas seul : le palais réunissait la résidence, les magistratures et les prisons, et il n'a cessé de grandir parce que le Grand Conseil grandissait, d'un peu plus de trois cents membres en 1264 à 1017 en 1311, la salle n'étant jamais assez vaste. Dans la frise des doges, à la place d'un portrait, il y a une tenture noire : Marin Faliero, qui tenta un coup d'État en 1355, fut décapité et condamné à la damnatio memoriae, l'effacement de son nom et de son image.
La visite
Trois incendies ont réécrit le palais. Après celui de 1483, la reconstruction de l'aile orientale revint à Antonio Rizzo, qui éleva l'Escalier des Géants puis s'enfuit, accusé d'avoir volé de l'argent public. Après celui de 1577, qui emporta des œuvres de Gentile da Fabriano, Pisanello, Bellini et Titien, Andrea Palladio proposa de tout refaire en formes classiques : on décida de rebâtir en gothique, comme avant. C'est pourquoi le palais paraît plus ancien qu'il ne l'est. Musée depuis 1923, il a compté en 2022 1.118.443 visiteurs, troisième musée le plus visité d'Italie.
Le conseil de la rédaction
Traversez le pont des Soupirs par l'intérieur plutôt que de le photographier du dehors : c'est un couloir étroit entre des murs de pierre, et par les grilles on aperçoit la dernière Venise que beaucoup ont emportée. Au-dessus de votre tête, sous les plaques de plomb du toit, se trouvent les Piombi, les cellules des prisonniers de marque, d'où Casanova organisa son évasion.










