C'est la seule bibliothèque de l'Antiquité parvenue entière jusqu'à nous, et elle nous est parvenue carbonisée. En 79, la villa la plus luxueuse d'Herculanum, presque certainement celle de Lucius Calpurnius Pison, beau-père de César, était encore en train d'emballer ses rouleaux pour les mettre à l'abri quand la coulée pyroclastique la scella sous vingt-cinq mètres de boue. En 1750, des paysans qui creusaient un puits la retrouvèrent, et les ingénieurs des Bourbons l'explorèrent par galeries comme une mine : Karl Weber en dessina le plan, et le 19 octobre 1752 sortirent les premiers papyrus, d'abord pris pour des morceaux de charbon et jetés.
À voir
La villa s'étirait sur 250 mètres le long de la côte antique, à pic sur la mer, sur plusieurs niveaux en terrasses : un atrium avec onze statuettes-fontaines autour de l'impluvium, un péristyle de cent mètres avec soixante-quatre colonnes et une piscine au centre, la bibliothèque, un belvédère au bout d'une longue allée. Par les galeries, les Bourbons sortirent quatre-vingt-sept statues, dont cinquante-huit en bronze, la plus grande collection de sculpture grecque et romaine jamais trouvée en un seul lieu : le Satyre endormi, l'Hermès au repos, les Danseuses aux yeux incrustés, les bustes de philosophes, aujourd'hui tous au Musée archéologique de Naples. Puis, en 1765, les émanations de gaz firent fermer les puits et la villa fut perdue pendant deux siècles.
Les rouleaux étaient plus de dix-huit cents, presque tous en grec et presque tous de philosophie épicurienne, en grande partie de Philodème de Gadara, le philosophe de la maison ; quelques-uns en latin, dont un poème sur la guerre d'Actium. Pour les dérouler, l'abbé Piaggio inventa une machine à métier, et beaucoup s'effritèrent ; aujourd'hui on les lit sans les ouvrir, par tomographie et intelligence artificielle, et chaque année sortent des lignes nouvelles. Paul Getty fit construire à Malibu une copie grandeur nature de la villa d'après le plan de Weber : c'est le Getty Villa Museum.
La visite
La villa est en grande partie encore sous terre, sous les maisons de l'Ercolano moderne. Les fouilles à ciel ouvert des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix ont dégagé l'atrium, la basis villae blanche aux grandes fenêtres et quelques pièces des niveaux inférieurs, maintenues au sec par des pompes ; elle ne se visite que certains jours, accompagné et sur réservation, par le Parc archéologique d'Herculanum. Ce qui en a été emporté se voit au Musée archéologique national de Naples et à l'Officina dei Papiri de la Bibliothèque nationale.
Le conseil de la rédaction
Faites le tour complet : la villa à Herculanum pour le lieu, la salle des bronzes au musée de Naples pour les statues, et l'Officina dei Papiri au Palais royal pour voir les rouleaux noirs et la machine de Piaggio. Ce n'est qu'en assemblant les trois morceaux que l'on comprend ce qu'était cette maison : la villa des philosophes que le volcan a conservée en la brûlant.
