Dans la cathédrale de Syracuse, les colonnes doriques du temple d'Athéna ne sont pas une pièce mise de côté : elles portent encore les murs. Gélon les fit dresser après la victoire d'Himère de 480 av. J.-C., et vers 640 l'évêque Zosime transforma le temple en église chrétienne, en bouchant les intervalles entre les colonnes et en ouvrant huit arcades par côté dans le mur de la cella. Le tremblement de terre de 1693 abattit la façade normande ; celle d'aujourd'hui, un décor de colonnes libres et d'ombres profondes, est d'Andrea Palma et fut bâtie en deux campagnes entre 1728 et 1753.
À voir
La place devant la cathédrale occupe le point le plus haut de l'île et garde sous son pavage presque toute l'histoire de Syracuse. Dans les fondations du palais Vermexio, l'hôtel de ville, l'archéologue Paolo Orsi reconnut au début du vingtième siècle les restes d'un temple ionique du sixième siècle av. J.-C., une rareté dans une colonie dorienne. À l'intérieur du Duomo, la nef latérale gauche montre les fûts cannelés du temple grec, usés et inclinés par les séismes ; les fonts baptismaux sont une amphore grecque retrouvée dans les catacombes de la ville. La chapelle Sainte-Lucie conserve le simulacre d'argent de la patronne, fondu par l'orfèvre palermitain Pietro Rizzo en 1599, qui sort en procession deux fois par an.
L'île fait un peu plus d'un kilomètre carré et compte 3889 habitants (2020). Près du pont qui la relie au continent se dressent les colonnes monolithiques de l'Apollonion, le plus ancien temple périptère dorique de Sicile, du sixième siècle av. J.-C. : une inscription archaïque court sur une marche et nomme Kleomenes, l'homme qui travailla pour Apollon. Du côté ouest, la Fonte Aretusa est une source d'eau douce qui jaillit à quelques mètres de la mer, avec des papyrus dans le bassin et des canards qui y nagent. Le nom Ortigia vient du grec ortyx, caille, et rattache l'île au culte d'Artémis.
La visite
On arrive à pied : deux ponts séparent Ortigia de la ville moderne et il faut vingt minutes depuis la gare de Syracuse. La circulation automobile est limitée, mieux vaut laisser la voiture dehors. La cathédrale se visite avec un billet et ferme aux visiteurs pendant les offices ; la place, elle, reste ouverte et éclairée le soir. Depuis 2005, Syracuse et la nécropole rupestre de Pantalica figurent sur la liste de l'UNESCO, et l'affluence se sent de juin à septembre. Comptez au moins une demi-journée pour l'île : les ruelles sont étroites, le pavage inégal et les distances s'allongent.
Le conseil de la rédaction
Nous entrons dans la cathédrale en fin de matinée, quand la lumière d'est frappe la nef gauche et que les cannelures des colonnes grecques ressortent du mur comme un relief. Puis nous revenons sur la place après le coucher du soleil : la pierre blanche change de couleur, les tables se remplissent et les autocars sont partis depuis longtemps.




