⛪ Églises et sanctuaires

chiesa dei Santi Pietro e Paolo d'Agrò

📍 Casalvecchio Siculo, Sicile · 62/100

Sur le linteau du portail court une inscription grecque qui date les travaux de l'an 6680 : dans le comput byzantin, qui fait commencer le monde 5508 ans avant Jésus-Christ, cela donne 1172. À côté figure le nom de celui qui dirigea le chantier, Gherardo il Franco. L'édifice, pourtant, tenait debout depuis un demi-siècle : il fut bâti en 1117, après que le moine basilien Gerasimo eut obtenu de Roger II les hommes et les moyens de refonder le monastère « in fluvio Agrilea ». L'acte de donation, en grec, daté de 1116, est conservé dans le Codex Vaticanus 8201 et fut traduit en latin par Costantino Lascaris en 1478. Le séisme de 1169 dut endommager gravement l'église ; de la restauration qui suivit, elle nous est parvenue presque intacte, alors qu'il ne reste du monastère que quelques pierres. En 1794, le siège abbatial passa à Messine, l'église fut abandonnée et servit pendant des décennies de remise à outils agricoles ; elle fut expropriée à ses propriétaires privés en 1888, puis débarrassée des ajouts baroques par la restauration de Francesco Valenti, en 1914.

À voir

De l'extérieur, on croirait une forteresse : elle ne l'a jamais été. Les créneaux à dents arrondies sont décoratifs, l'abside regarde vers l'est, comme le veut la règle. Ce qui frappe, c'est la polychromie des murs, obtenue en alternant la brique et la pierre de lave sombre, avec des pans montés en arête de poisson, l'opus spicatum des bâtisseurs normands. Le porche d'entrée s'encastre entre deux tours d'escalier, la solution même des cathédrales de Cefalù et de Monreale, et l'archivolte joue sur trois couleurs : pierre claire, pierre sombre, brique.

À l'intérieur, l'église mesure 20 mètres de long sur 11 de large et 17 de haut : petite, mais étonnamment verticale. Les trois nefs normandes sont scandées par trois travées carrées de tradition byzantine ; sur chaque groupe de quatre supports retombent des arcs brisés, raccordés aux murs par des niches à muqarnas d'origine islamique qui transforment le carré en octogone et portent le tambour. Deux coupoles s'élèvent sur l'axe central, l'une au-dessus de la nef, l'autre au-dessus du choeur. Dans le tympan du portail est gravée une croix de type byzantin.

La visite

L'église n'est pas au village : elle se trouve au hameau de San Pietro, au fond de la vallée de l'Agrò, en contrebas de Casalvecchio Siculo. On y monte depuis la côte ionienne, par la sortie de Santa Teresa di Riva ou par Sant'Alessio Siculo, en remontant le lit du torrent : une dizaine de kilomètres de route étroite et sinueuse, un bon quart d'heure de conduite. On se gare au bord de la route, juste au-dessus de l'édifice. Une demi-heure suffit à l'intérieur, mais l'ouverture n'est pas continue : mieux vaut se renseigner au village ou à la mairie avant de monter, pour ne pas faire le trajet pour rien.

Le conseil de la rédaction

Nous conseillons la fin d'après-midi : l'abside étant à l'est, la façade regarde l'ouest, et la lumière rasante fait ressortir chaque assise de brique et de lave, que le plein midi aplatit. Montez ensuite à Forza d'Agrò, sur la crête d'en face : c'était le Vicum Agrillae, le village que Roger II donna en toute propriété aux moines, à charge pour les habitants de porter deux poules à l'abbaye à Noël et à Pâques, plus la dîme sur les chèvres et les porcs.

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