Le palais est une œuvre de Michelozzo, commandée par Cosme l'Ancien. Cosme avait d'abord demandé un projet à Brunelleschi et l'écarta parce qu'il était trop magnifique : il aurait déchaîné l'envie de ses concitoyens. C'est Vasari qui le raconte, et il faut dire qu'aucune autre trace de ce projet ne subsiste. Ses craintes n'étaient pourtant pas sans fondement : dix ans plus tôt, accusé de tyrannie par ses adversaires politiques, Cosme avait été emprisonné au Palazzo Vecchio et exilé en Vénétie, d'où il était revenu sous les acclamations. Michelozzo lui bâtit un cube, imposant au-dehors mais austère, autour d'une cour carrée à colonnes corinthiennes, et ce fut là le modèle du palais florentin de la Renaissance : le Palazzo Strozzi en descend aussi.
À voir
La chapelle privée, dite chapelle des Mages, fut peinte à fresque en 1459 par Benozzo Gozzoli, élève de Fra Angelico, pour Pierre le Goutteux, qui suivit lui-même le travail. Sur les trois grands murs court la Cavalcade des Mages, et le sujet religieux est surtout un prétexte : dans le cortège figurent les portraits de la famille et des personnages politiques venus à Florence sur invitation des Médicis, un très jeune Laurent, son père Pierre, son grand-père Cosme. Sur l'autel se trouve une copie de la fin du quinzième siècle, car la Nativité de Filippo Lippi qui s'y trouvait est aujourd'hui à Berlin. Plus tard, quand les Riccardi bâtirent leur grand escalier, on préféra couper un angle de la chapelle plutôt que de la démolir.
La visite
Il vaut la peine de regarder la cour en pensant à ce qu'elle contenait. À la fin du quinzième siècle le David de Donatello y était exposé, et dans la chambre du Magnifique se trouvaient les trois panneaux de la Bataille de San Romano de Paolo Uccello. Dans le parc au nord, acheté par la femme de Laurent, Clarice Orsini, les sculptures antiques acquises pour l'essentiel à Rome servaient de modèles aux jeunes artistes qui étudiaient sous la conduite du sculpteur Bertoldo : ce fut la première chose en Europe qui ressemblât à une académie des beaux-arts, et le plus important de ses élèves fut Michel-Ange, qui passa son adolescence dans ce palais.
Le conseil de la rédaction
En 1659 le grand-duc Ferdinand II, qui vivait désormais au Palazzo Pitti, vendit le vieux palais de famille aux Riccardi, banquiers. Ils le doublèrent, lui faisant perdre sa forme cubique, mais sur la nouvelle façade ils gardèrent le style du quinzième siècle par respect pour Michelozzo et pour les propriétaires d'avant. De leur temps date la Galerie de 1685, dont la voûte fut peinte par Luca Giordano, qu'on appelait Luca fa presto pour la vitesse à laquelle il travaillait : il y mit l'Apothéose des Médicis, c'est-à-dire les protecteurs des nouveaux maîtres de maison. Deux choses à chercher : dans le jardin une statue antique sans tête, peut-être un Hercule, sur laquelle on greffa pendant les travaux la tête du marquis Francesco Riccardi ; et la petite pièce secrète du dix-septième siècle dans l'entresol, entièrement peinte de fausses architectures, oubliée pendant au moins 170 ans et retrouvée seulement à la fin des années quatre-vingt lors d'une campagne de relevés. Pourquoi elle fut oubliée, personne ne le sait.
