Les villages entre Pise et Cascina portaient des noms de nombres : Quinto, Sesto, Settimo, Ottavo, Nono, et plus loin Tredici — c'étaient les milles romains depuis la ville, et certains de ces noms se sont perdus, d'autres non. Cascina elle-même conserve le plan du castrum, cardines et decumani en damier, et la centuriation survit dans les suffixes en -ano des villages alentour. Le nom vient peut-être d'un torrent qui n'existe plus, ou de cassina, maison de campagne ; la première fois qu'il apparaît par écrit, c'est dans un parchemin de 750.
En 1313, un soldat pisan, pour venger une tour de Cascina abattue par les Lucquois, en détruisit une des leurs à Lucques et fit graver la raison sur le mur d'une église, en la signant de son propre nom : l'inscription est toujours là. Le 29 juillet 1364 s'y livra la bataille de Cascina, gagnée par les Florentins sur les Pisans : Michel-Ange devait la représenter pour le Palazzo Vecchio, en rivalité avec Léonard, mais la fresque ne fut jamais peinte et le carton est perdu — il en reste des dessins et des copies, dont celle des soldats à demi nus se baignant dans l'Arno. La Cascina reale, bourg muré aux tours d'angle pentagonales, garde son plan de rues parallèles et sa pieve romane. Après la Première Guerre mondiale, les escouades fascistes tuèrent ici et aux alentours les premières victimes de la province. Depuis un siècle et demi c'est la ville du meuble : Pise est à un quart d'heure, le littoral un peu au-delà.