Favara est un mot arabe : fawwāra, la source qui jaillit en bouillonnant, le jet d'eau. Et l'arabe, ici, n'est pas seulement dans le nom : le centre du vieux quartier est un ensemble de sept petites cours avec des maisons d'origine arabe, et c'est précisément là que depuis 2010 un notaire du lieu, Andrea Bartoli, et sa femme Florinda Saieva ont installé le Farm Cultural Park, galerie d'art et résidence d'artistes qui a fait de Favara un cas européen — une galerie à ciel ouvert née là où l'on craignait l'abandon. Le château du treizième siècle, commencé comme résidence de chasse et passé au quatorzième aux Chiaramonte, veille sur la place.
Mais pour comprendre ce que signifie cette renaissance, il faut savoir d'où vient cette ville. Au dix-huitième siècle naquirent les premières industries, le soufre et les tanneries ; au dix-neuvième, les mines de soufre — une vingtaine — furent la vraie richesse de Favara, et en dix ans la population passa de sept mille à vingt mille habitants. Puis le soufre américain, extrait par une autre méthode et vendu bien moins cher, rendit les soufrières siciliennes non rentables, et depuis une trentaine d'années elles sont toutes fermées. L'addition se lit dans les noms des mines : à la Falsirotta, en 1869, quatorze ouvriers moururent dans l'effondrement d'une galerie ; à la Salamone, en 1979, six hommes moururent asphyxiés par l'anhydride sulfureux. À Pâques la ville s'adoucit avec son agneau de pâte d'amande et de pistache, l'orgueil de ses pâtisseries ; et la Vallée des Temples est à un quart d'heure.