Sur le fronton on lit M·AGRIPPA·L·F·COS·TERTIVM·FECIT, «Marcus Agrippa, fils de Lucius, consul pour la troisième fois, l'a fait» : la signature se trompe de plus d'un siècle. Le temple d'Agrippa, élevé en 27 av. J.-C. au Champ de Mars, brûle en 80 puis de nouveau en 110 apr. J.-C. ; l'édifice actuel est reconstruit entre 112 et 128 apr. J.-C. sous Hadrien, qui fait replacer en façade le nom de l'ancien commanditaire plutôt que le sien. En 609, l'empereur d'Orient Phocas l'offre au pape Boniface IV, qui le consacre église chrétienne : c'est pour cela qu'il nous est parvenu presque intact, quand le reste de la Rome antique servait de carrière.
À voir
La coupole reste la plus grande jamais construite en béton non armé : 43,44 mètres de diamètre, exactement la hauteur qui sépare le sol de l'oculus, si bien qu'une sphère parfaite tiendrait dans la rotonde. La charge descend par huit piliers dissimulés dans l'épaisseur du mur, et le mortier s'allège en montant, avec de la pierre ponce et du tuf dans les assises hautes. À l'intrados courent cinq rangées de vingt-huit caissons, qui retirent de la matière sans retirer de la résistance. Au sommet, l'ouverture est vraiment ouverte : neuf mètres sans vitrage, seule source de lumière. La pluie entre et s'évacue par les trous du sol romain, qui est encore l'original.
À l'intérieur, le Panthéon est aussi un cimetière peu ordinaire. Dans la troisième édicule à gauche repose Raphaël, sous l'épitaphe latine de Pietro Bembo ; quelques pas plus loin se trouve la tombe du violoniste Arcangelo Corelli. En face sont enterrés les deux premiers rois d'Italie, Vittorio Emanuele II et Umberto I avec la reine Margherita, devant lesquels les bénévoles de la Garde d'honneur se relaient. La basilique n'est pas seulement un monument : c'est une paroisse en activité, et à la Pentecôte une pluie de pétales de roses tombe de l'oculus sur l'assemblée.
La visite
On entre par la piazza della Rotonda, qui doit son nom au surnom «la Rotonna» donné par les Romains. Depuis juillet 2023, le billet coûte cinq euros et mieux vaut le prendre en ligne pour éviter la file qui contourne la fontaine en milieu de journée ; l'accès reste gratuit pour qui assiste aux offices. Vingt minutes suffisent pour la rotonde, une demi-heure si l'on s'arrête aux tombeaux et aux chapelles : une visite courte, à insérer dans une promenade plus large dans le centre. En 2019, quand l'entrée était libre, on a compté 8 955 569 visiteurs, record des sites muséaux de l'État italien.
Le conseil de la rédaction
Nous y retournons volontiers sous la pluie : c'est le moment où l'édifice s'explique tout seul, avec la colonne d'eau qui tombe de l'oculus, le son qui change sous la coupole et le sol qui absorbe sans déborder. Par temps clair, nous préférons l'ouverture du matin, quand le disque de lumière posé sur les caissons se déplace assez vite pour qu'on le voie bouger. Et avant de sortir, arrêtons-nous sous le portique : ces colonnes sont des monolithes de granit égyptien, acheminés entiers par mer et par fleuve, une soixantaine de tonnes chacune.








